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L'enfant
Rat
Reportage
scénarisé de Sylvie Olivès et Christian Raimbaud.
Durée : 4 minutes.
Sujet
inspiré par quelques lignes du Guide du Routard, parlant
d'un temple situé à Deshnoke au Nord de l'Inde :
"D'après la légende, les enfants d'une caste
de la région se réincarneraient en rats...âmes
sensibles s'abstenir,"... juste de quoi nous inciter à
aller voir.
TOURNAGE
Comme
tout le monde, en entrant nous déposons nos chaussures
que deux rats viennent renifler furtivement, mais le gardien nous
fait signe que nous pouvons garder nos chaussettes, privilège
qui nous aide à surmonter notre appréhension !
L'activité semble banale : des Indiens de tous âges
se dirigent vers le sanctuaire se recueillent un instant, laissent
quelques offrandes et ressortent. C'est au niveau du sol que les
choses deviennent insolites : des rats vont et viennent en liberté,
se gavent de graines éparpillées, passent entre
les jambes des fidèles qui n'y prêtent aucune attention.
Il y en a tant que nous n'éprouvons aucune répulsion.
Nous
filmons avec une Sony VX 1000 et une VX 2000 dont l'écran
LCD sera bien utile pour tous les plans au ras du sol. Un rat
se love même dans le pare-soleil de l'objectif. Son corps
faisant un volet naturel, nous laissons tourner la caméra
avec l'idée d'utiliser ce long plan comme plan de fin sur
lequel pourrait défiler le générique. (Toujours
penser au choix du plan de fin lorsqu'on filme un reportage.)
Ensuite, il nous faudra secouer fortement la caméra pour
déloger l'intrus de cette niche ... et nettoyer l'objectif.
Nous passons plus de trois heures sur place et prenons chacun
une demi-heure de rushes.
MONTAGE
De
retour à Nantes, nous montons sur Première 5 un
reportage d'à peine cinq minutes : montage soigné
de l'image et du son synchro, mais l'intérêt du film
reste faible.
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Que dire dans le commentaire ? Comment expliquer que ces rats
sont des enfants réincarnés, sans se référer
à la légende? Or, les légendes indiennes
font appel à nombre de divinités étrangères
à notre culture, comment dès lors rendre le récit
intéressant ?
-
Les rats qui grouillent sur les derniers plans du film sont des
images fortes, mais les petits cris émis par ces animaux
sont des sons insignifiants, ce qui affaiblit l'impact de l'image
: le contraire du but recherché pour une fin de film.
LA
SOLUTION
Elle
est venue d'un enchaînement d'idées à partir
du titre L'enfant Rat.
Des enfants qui jouent... c'est le bruit d'une cour de récréation
: une prise de son facile à faire à Nantes. Et pour
justifier ce son décalé qu'est celui d'une cour
de récréation sur des images de rats, pourquoi ne
pas raconter la légende à la manière d'un
conte pour enfants ? Raconter sous la forme d'un conte permettait
de simplifier l'histoire, de la refaire à notre manière.
Il ne restait plus qu'à préparer le spectateur à
cette lecture enfantine avec un mini-scénario.
Nous
avons commencé par reprendre le montage initial pour supprimer
les plans qui n'étaient pas indispensables et concentrer
la partie reportage, ramenée à une durée
de trois bonnes minutes.
Puis nous avons relu des livres pour enfants afin de nous imprégner
des tournures et du rythme des phrases pour écrire ce conte.
A partir d'un premier jet trop riche et trop long, nous avons
procédé par éliminations successives, épuré
le style, lu maintes fois à voix haute le texte pour tester
la sonorité des mots, toujours en chronométrant
afin de maîtriser la durée du texte.
Ultime
préparatif : la fabrication du livre s'inspirant d'une
célèbre édition enfantine : un bon exercice
de composition sur Photoshop, à partir de dessins piqués
à droite et à gauche. Un coup d'imprimante couleur,
de pliage et d'agrafage : et voilà un exemplaire unique.
Il n'est jamais facile de trouver la personne qui convient pour
lire un texte, celle qui a une lecture claire, naturelle et le
timbre de voix approprié. Nous avons beaucoup cherché,
en vain. La solution était dans nos familles respectives
: la fille de Christian pour la voix, ma petite-fille pour l'actrice.
Par chance, ma petite-fille avait une vieille peluche, un hérisson
dont le poil s'apparentait au pelage du rat qui s'était
logé dans le pare-soleil. Il suffisait alors de cadrer
le hérisson comme l'était le rat, avec un peu d'air
au-dessus, afin de pouvoir fondre les deux plans au montage.
Dernier
détail du tournage : est-ce que l'enfant devait garder
ses lunettes en dormant ? Nous les lui avons laissées,
pour bien montrer que s'étant endormie en lisant, les images
et la voix off n'existaient que dans son rêve. Les lui enlever,
aurait sous-entendu que "sa maman" était réellement
venue lui faire la lecture. Nuance !
Il ne restait plus qu'à caler ces images et ce son avec
la séquence reportage.
Une
projection du film dans la salle du club nous a conduit à
rectifier le mixage son pour que le texte se détache mieux
du son d'ambiance. Diverses critiques et suggestions nous ont
été faites, comme celle d'arrêter le film
sur les rats qui grouillent.
Nous
avons jugé que si on supprimait le plan de l'enfant qui
dort, le mini-scénario d'introduction de trois plans était
trop court. Nous avons préféré l'équilibre
: début et fin sur l'enfant. Seule concession à
cette remarque : un fondu très rapide du son des cris d'enfants,
fondu d'une durée égale à celle du geste
qu'elle fait pour ramener la peluche contre elle, ce geste marquant
la fin de son rêve.
Un
peu d'imagination et pas mal de travail ont donné corps
à ce petit reportage, du type de ceux qui dorment encore
dans vos tiroirs.
Sylvie
Olivès.
septembre 2002
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